ENTRETIEN AVEC L'AUTEUR
— Les vols de cornes de rhinocéros dans les muséums d’histoire naturelle semblent au premier abord concerner le monde des collectionneurs. À quel moment cette histoire commence-t-elle à vous intéresser, vous qui êtes spécialisé dans les crimes environnementaux ?
C’est un policier de l’Office français de la Biodiversité rencontré dans le cadre d’un autre reportage qui me parle de cette histoire. Il reste assez flou, donne peu de détails. Au début, le sujet m’intrigue mais semble en apparence anodin, puis je comprends que ces vols participent d’un trafic bien plus large qui génère des dizaines et des dizaines de millions d’euros.
— Pour alimenter ce trafic, plusieurs hommes appartenant à une même communauté de voyageurs irlandais se mettent à multiplier les vols. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur les Rathkeale Rovers, ce gang des voleurs de cornes ?
Les Rathkeale Rovers sont, dans leur grande majorité, issus de la petite ville de Rathkeale, en plein cœur de l’Irlande. C’est de ce lieu qu’ils tirent leur nom. En Irlande, Rathkeale est connue pour être la ville qui compte le plus grand nombre de travellers, une communauté itinérante dont certaines figures font partie de notre pop culture : les gangsters de Peaky Blinders, Mickey O’Neill (interprété par Brad Pitt) dans le film Snatch ou encore le boxeur Tyson Fury. C’est une communauté très discriminée. La plupart des hommes quittent l’Irlande une bonne partie de l’année pour chercher du travail partout où ils en trouvent, parfois dans l’illégalité, comme ce gang qui s’était fait une spécialité d’arnaques en tous genres et qui, un jour, a eu le flair de comprendre que les cornes de rhinocéros pouvaient leur rapporter des millions.
— Cette affaire est tentaculaire, sur les cinq continents, avec de nombreuses ramifications. Comment avez-vous travaillé pour rassembler les pièces du puzzle ?
C’est une affaire tentaculaire sur le plan géographique, mais aussi historique puisqu’elle prend ses racines dans les chasses coloniales du XIXe siècle. J’ai d’abord effectué un gros travail d’archives pour comprendre comment ces cornes s’étaient retrouvées dans les musées d’histoire naturelle partout en Europe et puis il a fallu interroger des dizaines et des dizaines de personnes qui avaient touché de près à cette histoire, en France, en Irlande, au Royaume-Uni, aux États-Unis, au Vietnam, en Chine ou en Afrique du Sud.