(Not) Born in the USA

Sur la route, à la rencontre des écrivains américains

Si vous aimez les clowns de rodéo, la pisse de mule, les pumas empaillés, les étendues désertiques, Notre-Dame de Guadalupe et les motels borgnes, alors vous êtes au bon endroit.

Dans sa librairie en Corse, Sébastien Bonifay a lu compulsivement une certaine littérature américaine noire. En 2016, alors que Trump est sur le point d’être élu, il part aux États-Unis sur un coup de tête rencontrer les auteurs de son panthéon personnel. Des auteurs illustres ou inconnus qui racontent l’Amérique des marges, celles des oubliés et des perdants, que la littérature rend magnifiques.

Entre une virée chez James Ellory à Denver et une visite à Knockemstiff dans l’Ohio au côté de Donald Ray Pollock, Sébastien Bonifay s’interroge sur le sens que la littérature donne à nos vies et nous rappelle à quel point les États-Unis est un pays complexe et fascinant.

Ancien libraire, Sébastien Bonifay est aujourd’hui journaliste à France 3 Corse. Il est cofondateur des festivals littéraires Libri Mondi et Libri Mondi broie du noir à Bastia.  (Not) Born in the USA est son premier récit.

INFOS TECHNIQUES

Littérature française
978-2-38134-075-3
330 pages
21.5 euros
2026

Poursuivez l'aventure

ENTRETIEN AVEC L'AUTEUR

Quand il a pris son premier billet d’avion pour les États-Unis, Sébastien Bonifay n’avait pas vraiment de plan précis en tête, si ce n’est qu’il voulait aller voir de lui-même ce pays gigantesque et bigarré qu’il ne connaissait que par sa littérature. Ce qu’il ne savait pas, c’est que ses années de lecture étaient encore la meilleure façon de se préparer.

— Vous êtes un grand lecteur de littérature américaine. Quels auteurs lisez-vous et qui sont les auteurs que vous avez choisis de rencontrer ?

J’aime la littérature américaine des marges, celle des laissés-pour-compte, celles des petites villes désolées et des stations-service perdues au milieu du désert. L’Amérique de Mark Twain et de ses héritiers littéraires. J’ai commencé par lire Jim Thompson, Richard Russo, Larry Brown, Jim Harrison ou Harry Crews. Et les auteurs que j’ai choisis de rencontrer, Chris Offutt, Donald Ray Pollock, Willy Vlautin, et même James Ellroy par certains aspects, s’inscrivaient, pour moi, dans cette lignée. Ils m’avaient dépeint une Amérique que j’avais fantasmée, et se confronter à eux, c’était se confronter à la réalité derrière le fantasme.

— Le livre commence par le récit de quelques jours avec Donald Ray Pollock. Comment s’est passée cette rencontre ?

Comme toutes les autres, elle a été le résultat d’un mélange d’audace et d’inconscience. J’ai contacté les auteurs par les réseaux sociaux, en me présentant comme un ancien libraire d’une petite île de Méditerranée qui écrivait un livre sur une certaine littérature américaine, qui voulait venir les rencontrer et passer quelques jours avec eux. Miraculeusement, ils ont répondu oui. Je ne voulais pas revenir de ces voyages avec des entretiens que tout le monde avait déjà lus, alors je n’ai pas préparé de questions, je n’avais pas de thèmes précis à aborder. Je connaissais bien leur œuvre, je les admirais, je voulais m’appuyer sur ça, et ensuite, compter sur le hasard, les rencontres et tout ce qu’une telle spontanéité pourrait faire naître.

La rencontre avec Donald Ray Pollock a été formidable. Il m’a fait visiter l’usine de papier où il a travaillé pendant plus de vingt ans, il m’a emmené prendre le petit déjeuner dans son diner préféré et puis surtout il m’a emmené visiter Knockemstiff, le village où il est né et où il a grandi, qui donne son nom à son premier livre, que je considère comme l’un des plus grands livres américains du XXIe siècle. Donald Ray Pollock m’a fait une confiance absolue. Durant ces trois jours, comme pour les autres auteurs rencontrés, je ne pense pas qu’il ait oublié la raison de ma présence une seule seconde, mais l’enregistreur que j’avais glissé dans ma poche, oui.

— Au cours du récit, il apparait que les auteurs entretiennent tous un lien particulier avec leur territoire. Quelle place ces lieux prennent-ils dans leur littérature ?

Les grands auteurs américains ont un point commun : leurs livres parlent de ce qu’ils connaissent le mieux. De l’endroit où ils sont nés, de celui où ils vivent, de leurs expériences professionnelles, de leur vie personnelle, de la communauté dans laquelle ils évoluent… Mais ce n’est jamais nombriliste. Ces auteurs ne parlent pas d’eux, ils nous parlent d’une réalité sociale et politique, d’un monde qui nous est étranger et dont ils sont souvent les plus fins observateurs.

Chris Offutt, par exemple, a très vite fui le petit village niché au cœur des Appalaches où il a grandi, mais depuis des décennies, il n’a de cesse d’y revenir, encore et toujours, comme pour se rappeler pourquoi il a dû fuir cette région du Kentucky. Et chacune des pages de la quinzaine de livres qu’il a écrits est hantée de cet endroit, et des gens qui le peuplent.

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