LE FAUSSAIRE DE SALT LAKE CITY

Meurtres et manigances chez les mormons

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Nathalie Peronny
Faussaire de Salt Lake City-Marchialy
La limite entre le vrai et le faux est parfois floue. Pas celle entre la vie et la mort.

Comment devient-on un faussaire ? L’enfance de Mark Hoffman a été rythmée par les rites et les textes mormons, une religion à laquelle on le sommait de croire sans poser de questions. C’est adolescent, alors qu’il a accès à des livres critiques sur son Église, que sa foi se fissure. Mais Mark se reprend vite : se sentant trompé, il devient usurpateur. Il commence à forger de faux documents, d’abord pour tromper les hauts dirigeants de l’Église mormone, puis, enhardi par son succès, il compose de faux poèmes d’Emily Dickinson. Devenu une figure incontournable sur le marché des manuscrits et des imprimés rares, le sympathique faussaire, pris au piège de sa propre folie, finit par commettre l’irréparable.

Simon Worrall revient sur la trajectoire incroyable et effroyable de Mark Hofmann, faussaire de génie et assassin, et nous montre à quel point la vérité est parfois construite de toutes pièces.

Lire l’extrait

Faussaire de Salt Lake City-Marchialy

Simon Worrall est un journaliste anglais qui a écrit dans de prestigieuses revues et journaux anglo-saxons tels que The Sunday TimesThe Independant, The New Yorker et le magazine National Geographic. Il a vécu en Allemagne et en Chine avant de s’installer aux États-Unis où il vit toujours aujourd’hui.

PRESSE

« Simon Worrall nous embarque pour une folle épopée à travers de nombreux thèmes : la vie d’Emily Dickinson, l’Église mormone, l’univers du livre ancien, des contrefaçons célèbres, la graphologie, l’autohypnose, l’histoire de l’imprimerie et l’inattention quasi criminelle des maisons de vente dans l’authentification des documents… fascinant !  »
The Washington Post

INFOS TECHNIQUES

Littérature étrangère
Polar
978-2-38134-038-8
350 pages
22 euros
2022

Dans l’antre de la contrefaçon

Approchez à pas feutrés pour ne pas le déconcentrer et observez le faussaire en action.

 

Il croyait s’être concentré suffisamment. Mais au moment de s’attaquer à la courbe du m, il sentit un bref tremblement, comme le lointain grondement d’un séisme. Le spasme partit des tréfonds de son cortex cérébral pour se répandre le long de ses terminaisons nerveuses, gagnant son bras, sa main et enfin ses doigts. Cela ne dura qu’un millième de seconde, mais juste assez pour provoquer une contraction musculaire, comme un élastique qui se tend. Au point culminant de la première jambe du m, juste avant de redescendre vers la ligne, il sentit sa main trembler.

Il reposa son crayon et se concentra sur son rythme cardiaque. Il ralentit son souffle et se mit à inspirer et à expirer par intervalles de sept secondes. Il imagina la chaleur qui circulait à l’intérieur de son corps tel un courant océanique et la projeta par la pensée jusqu’à l’extrémité de ses doigts. Le monde réduit à l’état de point entre les deux yeux, il se saisit d’une nouvelle feuille et commença à visualiser la forme des lettres sur le papier jusqu’à ce qu’elles apparaissent aussi clairement qu’une image projetée sur un écran.

Il avait passé des jours à s’entraîner : le h qui basculait vers l’avant comme une chaise cassée, le jambage du y qui courait parallèlement à la ligne et ce t si caractéristique, semblable à un x retourné. Lorsqu’il se sentit enfin prêt, il commença à écrire. Cette fois, le geste était limpide, sans la moindre hésitation, et les lettres jaillirent de son inconscient en un flot ininterrompu. À croire que la poétesse guidait sa main de l’intérieur. Au moment de signer de son prénom à elle, il ressentit un pouvoir vertigineux.

Il se leva et s’étira. Sa montre indiquait 3 heures du matin. Là-haut, à l’étage, il entendit le bébé pleurer et sa femme se lever. Dans la pénombre de son atelier, il alla récupérer un sac plastique caché sur une étagère, derrière des plaques de gravure. Il en sortit un long tube de métal galvanisé, fit des trous dans l’épaisseur du bouchon, enfila deux fils électriques à l’intérieur et y fixa un détonateur artisanal. Il remplit ensuite le tuyau de poudre à canon et replaça le bouchon. Le lendemain matin, il se rendrait dans la Skull Valley pour tester son explosif. Il sortit les deux blocs de piles qu’il avait achetés quelques jours auparavant chez Radio Shack et débrancha une rallonge de l’une des prises électriques du sous-sol. Il inséra le tout dans une boîte en carton, qu’il posa à côté du poème. Ce n’était pas un chef-d’œuvre, se dit-il, mais ça ferait bien l’affaire.

NEWSLETTER

Tous les mois, Marchialy vient à vous et vous informe de son actualité, ses nouveautés et prochaines parutions.

Inscrivez-vous