LIEUTENANT VERSIGA

Une vie de flic dans le Mississippi

Lorsqu’on se retrouve face à un cadavre, il ne suffit pas de trouver l’identité de l’assassin, il faut aussi trouver celle de la victime.

Le lieutenant Versiga a l’étoffe des héros de romans noirs : ancien boxeur professionnel, champion de tir, survivant de l’ouragan Katrina, il est flic dans l’État du Mississippi et consacre son temps libre à élucider des cold cases. Pour résoudre le meurtre d’une femme noire survenu dans les années 1970, il va devoir arracher, cinquante ans plus tard, les aveux du serial killer le plus important de son pays, l’effroyable Samuel Little. Une enquête longue de plusieurs années dans le bayou qui poussera le lieutenant à remettre en cause ses convictions les plus profondes.

Au bureau

L’auteur

Raphaël Malkin est né en 1987 à Paris, il est journaliste à Vanity Fair et a longtemps travaillé pour Society. Il a également fondé Snatch Magazine. Il rencontre le lieutenant Versiga alors qu’il est en reportage aux États-Unis : sa fascination étant trop forte, il décide de consacrer un livre à ce personnage tout droit sorti d’un polar de James Lee Burke. Aux éditions Marchialy, il a déjà publié Le Rugissant.

PRESSE

« Plus qu'un polar, la rencontre d'un vrai policier pugnace et d'un tueur en série confondant. Versiga a tout d'un héros de film policier, incompris mais qui ne lâche rien. Et surtout pas le lecteur. »
Les Échos
« Décrite avec enthousiasme, cette vie de flic vaut le détour. »
Télérama
« Versiga est du bois dont on fait les flics de séries américaines. »
Le Parisien

INFOS TECHNIQUES

Littérature française
Fait divers
978-2-38134-028-9
300 pages
20 euros
2022

Par-delà le reportage

Envoyé aux États-Unis tous les quatre matins par le journal Society, Raphaël Malkin se souvient de sa rencontre avec le lieutenant Versiga. Le bon flic du Mississippi ne devait être qu’un personnage parmi tant d’autres dont Raphaël tirerait le portrait. Leur relation a pris un tour inattendu le jour où le lieutenant l’a tiré d’un mauvais pas. Littéralement.

Lorsque le serpent m’a mordu la cheville, j’ai ri, d’abord. Malencontreusement, j’avais marché avec toute ma semelle de basket sur un gros corps entortillé. Et puis, j’ai eu mal. La douleur m’a agrippé la cheville, elle m’a poignardé la jambe, et j’ai senti mon corps étouffer d’un coup. À côté de moi, le lieutenant Darren Versiga a compris tout de suite ce qui s’était passé. Avec sa grosse main d’ours, il m’a tiré vers lui. Il m’a emmené jusqu’à sa voiture et il a mis en marche son gyrophare. Au milieu des fougères, de la mousse et des grands arbres du bayou, quelque part au fond des tripes du Mississippi, je venais de me faire mordre par un mocassin d’eau. Le plus épais et le plus dur des serpents. Le plus mortel, pesta aussi Darren Versiga tandis que nous foncions à l’hôpital. Je m’apprêtais à conclure une semaine de reportage tout à fait charmante où il avait été question d’un vieux cold case, d’un tueur en série et de la moiteur de la région la plus mystérieuse de l’Amérique, et voilà que j’étais tout bonnement en train d’y passer.

Sur le brancard des urgences où l’on m’a bientôt installé, j’ai eu la trouille. Un médecin m’a dit que personne ne se faisait jamais mordre par un mocassin d’eau ici. J’ai vomi en ayant l’étrange sensation de me vider de tout mon corps. Gavé de morphine comme un pauvre G.I. du Vietnam, je me suis finalement évanoui. Quelques heures plus tard, lorsque je me suis réveillé dans une chambre de l’hôpital dont la fenêtre donnait sur une station-essence et un restaurant de sandwichs à un dollar, le lieutenant Versiga était là, à mon chevet.

Durant les neuf jours et les huit nuits qui ont suivi, pendant tout le temps où je suis resté coincé sur mon lit, comme un vieillard pas même fichu de se soulager lui-même, le policier était là. Je ne crois pas trop aux anges, mais il était mon ange gardien. Peut-être se sentait-il coupable de m’avoir emmené tout au bout de cette forêt qui est une jungle. S’il l’a pensé, il ne me l’a jamais dit. Avant de guérir, il a fallu que je serre les dents. Ma jambe est devenue jaunâtre et très noire. Elle a drôlement gonflé. Elle ressemblait à un vieux rondin de bois pourri, pareil à ceux qui traînent sur les plages du Mississippi après les ouragans estivaux qui arrachent tout sur leur passage.

J’étais loin de chez moi, et il m’est arrivé de penser qu’on allait m’amputer. Pour apaiser mon calvaire, le lieutenant Versiga m’apportait de la soupe de poissons que sa femme avait cuisinée pour moi. Nous avons longuement discuté tous les deux. Nous parlions de choses qui allaient bien au-delà du reportage que j’étais venu faire à ses côtés. Il n’était plus question de l’enquête qu’il menait depuis dix ans pour retrouver le nom d’un cadavre, ni du serial killer avec qui il avait fini par sympathiser d’une certaine manière. Il était question de nous. De son uniforme et de mon journalisme. De son goût pour les armes qui font du bruit, de sa passion pour le bois bien coupé, de ses bagarres sur un ring, des tempêtes qu’il avait traversées. De mes envies d’histoires vraies, de ma curiosité pour ce qu’il y a de lointain. De la moiteur du Mississippi et des lumières de Paris, et de l’improbabilité que deux personnes comme nous se retrouvent un jour à se raconter leurs vies pendant des heures en riant de bon cœur.

Fort heureusement, les doses d’antibiotiques que de grosses infirmières qui sentaient fort le gras de jambon grillé m’administraient tous les jours ont fini par empêcher le venin de faire le siège de mon cœur. Ma jambe a cessé de gonfler. Il n’était pas nécessaire que l’on me fasse tâter de cet anti-venin qui, je l’apprendrais plus tard, coûte en Amérique la bagatelle de 15 000 dollars. Je suis sorti de l’hôpital sur des béquilles. Il faisait très chaud. Sous mon pantalon, ma jambe sans muscle était en nage. C’est le lieutenant Versiga qui est venu me chercher. Avec sa vieille voiture, il m’a emmené jusqu’à La Nouvelle-Orléans, d’où je devais prendre un vol pour la Californie. Sur le trajet, nous nous sommes promis de nous donner des nouvelles après la parution de mon article. Il voulait que je lui parle encore de Paris. Moi, je voulais qu’il me raconte tout de lui. Darren Versiga était l’homme d’une enquête, mais il était aussi un destin qui, à mes yeux, figurait une part géniale d’Amérique. Après mon article, il méritait bien un livre.

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